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Homélie du Patriarche du 1er janvier 2012

Homélie de la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu, du 1er janvier 2012, prononcée par le Patriarche à la Co-Cathédrale du Patriarcat latin.

Imprimer cet article 4 janvier
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Chers frères dans l’épiscopat, Mesdames et messieurs, Chers Pères, chères Sœurs, chers amis,

Merci pour votre présence parmi nous à l’aube de cette nouvelle année. Je voudrais vous partager des vœux d’espérance et de paix. Paix dans les cœurs et paix dans nos pays. Je souhaite également un bon accueil à toutes les communautés religieuses, et plus particulièrement à celles qui ont fêté leur premier Noël en Terre Sainte. Je profite de l’occasion pour vous exprimer ma gratitude pour votre témoignage et votre présence si précieuse à nos yeux. Nous prions aussi pour les membres de vos congrégations qui nous ont quitté cette année ,et qui sont désormais dans le secret de Dieu.

Aujourd’hui, c’est Marie, Mère de Dieu, qui nous invite à entrer dans une nouvelle année. Avec elle, nous célébrons aussi la Journée Mondiale de la Paix, pour laquelle le Saint Père a choisi ce thème : « éduquer les jeunes à la justice et à la paix ».

Aux JMJ de Madrid, cet été, le Pape avait déjà rappelé aux jeunes, « que rien ni personne ne (les) prive de la paix ! » Dans son Message d’aujourd’hui, Il nous invite à « être à l’écoute des jeunes générations et les aider à réaliser le bien commun et à affirmer un ordre social juste et pacifique, où les droits et les libertés fondamentales de l’homme, puissent être pleinement et librement exprimés. » Le printemps arabe nous dit combien nos jeunes ont besoin d’être écoutés et même accompagnés.

« Actuellement, nous dit Benoît XVI, les aspects que [les jeunes] vivent avec appréhension sont nombreux : le désir de recevoir une formation qui les prépare de manière plus profonde à affronter la réalité, la difficulté de former une famille, et de trouver un emploi stable, la capacité effective de participer au monde de la politique, de la culture et de l’économie, pour construire une société ayant un visage plus humain et solidaire. »

Que faire pour cela ? « Instaurer une nouvelle alliance pédagogique » nous répond le Conseil Pontifical Justice et Paix. Les jeunes ont l’audace et l’enthousiasme ; les aînés ont la sagesse et l’expérience.

Dans sa conclusion, le Saint-Père nous dit que « la paix n’est pas un bien déjà acquis, mais un objectif auquel, tous et chacun, nous devons aspirer. (…) Encourageons-nous les uns les autres dans notre cheminement, travaillons à donner à notre monde un visage plus humain et fraternel, et sentons-nous unis dans la responsabilité envers les jeunes générations présentes et futures, en particulier en les éduquant à être des personnes pacifiques et des artisans de paix. »

En effet, les parents, les éducateurs, les professeurs, les prêtres et les religieux, doivent se mobiliser pour développer auprès des jeunes une culture de la paix, un engagement à la réconciliation et à l’ouverture aux autres cultures et religions. Nos églises, nos écoles et nos centres d’éducation, doivent aussi continuer leur tâche, en donnant aux jeunes générations « une appréciation de la valeur positive de la vie, en suscitant en eux le désir de la dédier au service du Bien » nous dit le Pape dans son message.

Eduquer la jeunesse à la paix et la justice , c’est apprendre à garder le sens critique, et donner des points de repère sans oublier la nécessité de conversion et de pardon réciproque.

Certes, les difficultés ne manquent pas. Des tensions et des confrontations existent dans beaucoup de pays et même à l’intérieur des maisons religieuses. Ici même en Terre Sainte. Je pense évidemment au conflit israélo-palestinien non-résolu, et à la partition de Chypre ; mais je pense aussi à nos voisins d’Egypte et de Syrie et plus généralement du Moyen-Orient. Toute une génération des jeunes Israéliens et Palestiniens, sont nés et ont grandi sous l’occupation et dans un climat de violence. Ils ont fait l’expérience des check points et des murs qui séparent les hommes.

Dans l’Evangile de ce jour, nous apprenons que Marie retenait dans son cœur tous les événements liés à la naissance de son Fils. Marie, dans sa méditation nous apparaît paisible, pure et douce. En même temps, elle est forte, vigoureuse, riche d’espérance. Marie dans son humilité est assez simple et assez proche de nous ,pour nous dire de ne pas avoir peur et d’accueillir avec confiance l’année qui s’ouvre. A son école, dans son amour maternel, ayons confiance et relisons ensemble trois actualités qui ont marqué année 2011.

1. Assise

Fin octobre, pour la seconde fois dans l’Histoire, toutes les religions du monde se trouvaient réunies en un même lieu pour prier Dieu, chacune à sa façon, pour la paix dans le monde. La ville d’Assise est associée à saint François. Il fut par sa vie un homme de paix et un des précurseurs du dialogue entre croyants. « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ; là où est la haine, que je mette l’amour ; là où est l’offense, que je mette le pardon ; là où est la discorde, que je mette l’union. »

La paix ne s’obtient pas par les armes et ne s’obtient jamais par les murs de ciment ou les fils barbelés. La paix a son fondement dans le cœur des l’hommes, dans sa conversion et sa réconciliation avec Dieu et ses proches. Elle est un don de Dieu qui s’obtient par la prière. Bâtissez la paix en vous pour bâtir la paix autour de vous. Rappelez-vous dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se prêtait à tous les événements de sa vie.

2. Le Printemps arabe

L’année 2011 a attiré notre attention et nos prières sur les mouvements du Monde Arabe. Les révoltions arabes expriment un réveil des consciences pour plus de démocratie, de paix sociale et de justice. Musulmans et chrétiens sont descendus dans la rue côte-à-côte. « Le Printemps arabe » a suscité un enthousiasme réel et une grande espérance. Des doutes apparaissent cependant sur la forme des gouvernements qui seront mis en place. Les chrétiens espèrent à un véritable ciment unificateur pour les citoyens de différentes confessions.

Avec le Pape, je demande à nos jeunes et moins jeunes de se tenir « à l’écart de tout nationalisme ou fondamentalisme exacerbé. » D’où l’importance des institutions éducatives ou sociales tenues par l’Eglise. Cela donne aux chrétiens d’Orient d’être des traits d’union entre les composantes de la société.

Les Patriarches catholiques qui se sont réunis pour leur 20ème Congrès au Liban mi-novembre, encouragent les Eglises à « fixer une journée de prière pour la réconciliation et la paix au Moyen-Orient ».

3. Terre Sainte

Ici, enfin, en Terre Sainte, notre diocèse divisé par les murs, espère lui aussi la Paix. Nous souhaitons « une paix juste et globale » pour en finir avec le conflit et la culture de violence, et réaliser la création d’un Etat palestinien à côté de l’Etat d’Israël.

Benoît XVI nous a appelé, nous responsables religieux d’Israël lors de notre audience à Rome dernièrement, à ne jamais cesser de prier pour la paix en Terre Sainte. « En ces temps troublés, souligne le pape, le dialogue entre les différentes religions devient de plus en plus important, pour créer une atmosphère de compréhension et de respect mutuels qui puisse conduire à l’amitié et à une confiance solide les uns dans les autres. C’est urgent pour les responsables religieux de Terre Sainte qui, tout en vivant en un endroit rempli de souvenirs sacrés pour nos traditions, sont quotidiennement éprouvés par les difficultés de vivre ensemble en harmonie. »

A nos chers amis pèlerins, sachez qu’un pèlerinage sur la terre de Jésus ,est aussi une occasion unique pour créer de profondes relations d’amitiés et de solidarité, qui sont un pas parmi des milliers d’autres pas, qui conduisent à créer au final une culture de paix.

Année 2012

Chers amis, de cette nouvelle année, qu’attendez-vous ?? En tant que croyants, nous sommes convaincus que la prière est une vraie force. Je confie 2012 à votre prière, avec les espérances qui s’y tissent et les rendez-vous qui nous attendent ,et auxquels notre diocèse et vos pays d’origine vont participer :

1. Le Congrès Mondial de la pastorale du tourisme (Mexique - avril 2012).

2. Le Congrès pour la pastorale des médias - convoqué, par le Conseil pontifical pour les communications sociales – rassemblera les évêques au Liban du 17 au 19 avril.

3. La Rencontre Mondiale des Familles (Milan - juin 2012) à laquelle participeront huit familles de Terre Sainte.

4. Le 50ème Congrès eucharistique International (Dublin – juin 2012).

5. Le prochain Synode pour la Nouvelle Evangélisation qui aura lieu à Rome en octobre cette année.

Chers frères et sœurs, voyez bien que nous n’avons pas beaucoup de temps à perdre

Devenons chacun à notre place artisans de paix. Choisissons la vie, c’est le vœu le plus cher que je peux vous formuler aujourd’hui. Faites confiance à la grâce de Dieu comme Marie, Mère de Jésus, l’a fait.

Belle et sainte année 2012, que Marie Mère de Dieu, Etoile de l’Orient, vous bénisse, que Jésus Prince de la Paix nous donne Sa paix.

+ Fouad Twal, Patriarche

Source : Patriarcat Latin de Jérusalem http://www.lpj.org/